Interview D. Roustan (Partie 3)

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Véritable figure du journalisme footballistique et encyclopédie des Coupes du Monde, Didier Roustan a accepté de répondre à nos questions. Dans cette troisième et dernière partie (Partie 1 et Partie 2), celui qui possède sa propre émission sur L’Équipe, s’est livré sur les différentes problématiques de l’Équipe de France en vu de la Coupe du Monde.

Nous sommes à quelques jours du début de la Coupe du Monde, peut-on être frustrés du jeu de l’Équipe de France ? Notamment lorsque l’on voit le rapport qualité de l’effectif/jeu produit…

On a des bons joueurs qui évoluent dans de grands clubs. Il y a juste trois pays qui nous sont supérieurs, que sont l’Espagne, l’Allemagne et le Brésil. Cela ne veut pas dire qu’on ne les battra pas, d’autant plus qu’on ne rencontrera pas les trois, ils peuvent s’entretuer entre eux avant. Il y a toujours une petite chance, on est outsiders avec trois-quatre autres équipes qui ont sensiblement le même niveau que nous. Mais c’est vrai que l’on ressent depuis des années un manque de plaisir dans le jeu, même s’il peut y avoir des bonnes séquences de 15-20 minutes par intermittence, donc une frustration oui. Le match contre la Colombie était vraiment le pompon, face à une bonne équipe, mais contre laquelle jamais Deschamps n’a su s’adapter à la situation et aux changements du sélectionneur adverse.

C’est d’ailleurs assez paradoxal que l’on ne critique pas beaucoup l’Équipe de France durant les phases qualificatives où l’on a le temps de se trouver un projet de jeu, mais que l’on attende les tournois pour les critiquer plutôt que de les encourager comme après les deux premiers matchs de l’Euro…

Oui c’est vrai, mais l’importance du résultat gomme beaucoup de choses, parce qu’on se réfugie toujours derrière le résultat, et lorsque l’on voit à quoi il tient, on peut douter sur la qualité ou le manque de qualités d’un entraineur, où il peut passer de génial à abruti.

On manque peut-être de leader ?

On le découvre peut-être maintenant mais cela fait des années que l’on n’en pas. Alors est-ce que l’on manque de leader parce que Deschamps prend trop de place et qu’il veut tout contrôler ? Ou parce qu’on a des joueurs qui se prennent un peu pour des divas ? Et dans « être un leader », il y a une forme de générosité parce que tu vas prendre des coups, ça demande de l’energie, faire en sorte que tout le monde soit bien, affronter la presse… Les gars ils sont milliardaires, ils se disent « qu’est-ce que je vais m’emmerder ? »…

Le choix du capitaine n’est peut-être pas le bon ? Ou alors personne n’a les qualités pour l’être ?

Il faut plusieurs capitaines dans un groupe, je pense que Lloris est quelqu’un d’intelligent, qui a une autorité naturelle. Un capitaine c’est pas seulement sur le terrain, c’est aussi dans le vestiaire, et ce qu’il s’y passe, on n’en sait rien. Donc si Deschamps l’a mis capitaine c’est qu’il doit être un bon relais pour lui et qu’il sait qu’il pourra toujours s’appuyer sur lui au quotidien.

Vous avez un favori pour le Mondial ?

Je dirai le Brésil et l’Espagne. L’Allemagne un petit peu en dessous je pense mais vraiment de peu. Je trouve que le fait que plusieurs équipes puissent gagner fait le charme mais aussi la tristesse de cette compétition. Si huit ou dix équipes peuvent gagner, cela nous donne du suspens mais d’un autre côté, une surprise n’en sera plus une. De plus, les équipes jouent sensiblement de la même manière, mais on espère qu’il y aura des émotions tout de même.

Yan Houdry

Nous remercions sincèrement Didier Roustan pour sa disponibilité et pour sa gentillesse. Vous pouvez le retrouver sur sa chaine Roustan TV.

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