Interview H. Mougin : « On a une génération très prometteuse »

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A une semaine de l’entrée de l’Équipe de France dans cette Coupe du Monde 2018, Hervé Mougin, fondateur et Président du groupe de supporters des Bleus « Irrésistibles Français », nous livre le lien entre l’association et les Bleus, l’organisation autour des matchs et l’ambiance que les membres génèrent au stade.

Vous êtes le fondateur de cette association, comment vous est venue l’idée ? Quel a été le déclic ?

Il y a plusieurs facteurs qui m’ont donné envie d’en arriver là. Déjà, je suis un grand passionné de foot, j’allais voir à l’époque 2-3 matchs par week-end dans différents stades, ce qui fait beaucoup. Puis j’ai eu la naissance de ma fille, et ma femme m’a demandé de calmer le rythme, donc je me demandais de quelle façon je pouvais continuer à aller au stade, mais moins souvent. Donc en 2006, j’intègre une association de supporters plus ou moins proche de l’Équipe de France. Puis peu de temps après, je me suis aperçu que les supporters des Bleus étaient mal organisés, à domicile comme en déplacement, et qu’il y avait aucune ambiance dans les tribunes. Malgré tous nos déplacements et tout notre investissement, nous n’étions pas prioritaires pour avoir des places, nous n’étions pas respectés par la FFF. J’ai donc eu l’idée de créer une association orientée vers l’ambiance, le vrai supporterisme, qui répond au besoin de changer les choses, d’où est venue la création des Irrésistibles Français le 10/10/2010, une date Zidanesque.

Comment s’est passé au début -et se passe encore aujourd’hui- le rapport avec la FFF ?

Lorsque j’essayais de communiquer avec la fédération de 2007 à 2010 pour la création d’un vrai groupe de supporters, elle ne me considérait que pour le côté marketing, c’est-à-dire pour connaître l’image de la fédération et de l’Équipe de France auprès des supporters, notamment après la Coupe du Monde 2010. Lorsqu’ils écoutaient mes propositions, ils les refusaient pour des raisons de réglementation, vis-à-vis des tambours, drapeaux et surtout pour le fait de rester debout durant les matchs. Il n’y avait pas cellule dédiée aux supporters tout simplement parce qu’ils n’avaient aucune envie de répondre à nos attentes et de régler ces problèmes qu’ils estimaient peu ou pas important.

Puis tout a changé lors de l’élection de Noel le Graet, qui est un ancien Président de l’En Avant Guingamp, et qui a donc connu ce rapport qu’il doit y avoir entre la direction et les supporters. On a senti que les choses allaient bouger car la préoccupation des supporters figurait dans les premiers points de son programme. Et dès sa prise de fonction, il a mis quelqu’un au service marketing qui devait s’occuper des supporters, et comme cette personne était un ancien ultra, elle avait un discours qui répondait à nos attentes, puis il y a eu l’autorisation de rester debout en tribune, l’autorisation des grands drapeaux, tifos et tambours.

Pour y être allé personnellement contre l’Irlande, l’ambiance s’est vraiment améliorée. Comment y êtes-vous pris pour améliorer l’engagement des supporters ?

Il faut savoir que notre objectif est d’encourager l’équipe, quel que soit le temps, la température, le score et le scénario, on est là pour montrer notre fidélité. On a instauré depuis quelque temps un code de conduite au sein du groupe. Déjà les sifflets contre nos joueurs, mais aussi et surtout les références à un club, personne ne doit venir avec un maillot, une écharpe ou autre du club qu’il supporte, car on est tous là pour l’Équipe de France. Ça permet d’éviter tout ce qui peut diviser les membres du groupe, parce que l’objectif est de nous unir autour de cette équipe.

Après, pour ce qui est de l’ambiance, il est très difficile de créer des chants car les Bleus jouent peu de matchs dans l’année, et la moitié de ces matchs sont en France, et encore la moitié de ces matchs en France sont en province, donc rares sont ceux qui sont présents à tous ces matchs, ce qui fait que l’on a du mal à garder une continuité dans ce que l’on fait au Stade de France. Donc pour que le plus de personnes reprennent les chants quel que soit le stade en France où les Bleus jouent, on a modifié les paroles des chants de groupes de supporters de club pour que le rythme soit connu de tous.

Comment préparez-vous les matchs et comment se passe la réflexion sur les animations ?

Pour ce qui est des tifos, nous les conceptualisons et les mettons en place seuls. Dans la limite de nos budgets, nous réfléchissons à de nouveaux modèles, avant de les soumettre à la fédération qui nous donne l’accord ou non. Ensuite, nous commençons à les préparer six mois à l’avance. Après, il arrive parfois que la Fédération nous soumette des idées de tifos, et parfois nous les mettons en place ensemble, mais on essaie de les faire nous-même parce qu’ils sont plus tournés vers une communication marketing alors que nous, on est uniquement là pour leur apporter notre soutien. Lorsque l’on veut mettre en place un tifo géant, la Fédération nous finance en partie ou entièrement pour le réaliser, elle nous aide aussi dans les informations comme l’emplacement de la tribune adverse et le nombre de supporters qu’il y aura pour que le tifo soit le plus réussi possible, comme par exemple le tifo contre les Pays-Bas (ci-dessous), où figurent en bas à droite les supporters hollandais dissimulés dans le tifos avec les feuilles rouges.

Avez-vous un objectif du nombre d’abonnés pour le futur ?

Nous nous sommes posés la question en 2013, si l’on devait se développer et par conséquent nous professionnaliser, ou si la fédération devait créer son propre club de supporters. Aujourd’hui on est 1200, et avec la masse de membres que l’on aurait eue, il aurait fallu passer à un statut professionnel. La fédération a donc créé son club de supporters. Je veux toujours que l’on se développe, parce que plus il y a de monde, plus il y a d’ambiance. Tout le monde ne chante pas certes, mais il est certain qu’en ayant plus de membres il y en aurait plus qui chanteraient. Le côté financier ne nous intéresse pas dans le sens où l’on ne fait pas de profit sur le dos des membres. Une partie de l’argent récolté sert à payer les bus pour les déplacements, l’accès à des matchs, ou pour toute autre utilité au groupe.

Vous arrive-t-il d’échanger avec les joueurs ? Ou même le sélectionneur ?

On a parfois la possibilité de croiser les dirigeants ou joueurs donc on leur glisse quelques mots, mais une fois par an nous avons une réunion entre quelques membres du groupe, Didier Deschamps, le capitaine, le vice-capitaine et deux-trois autres joueurs. On leur apporte notre soutien, on écoute ce qu’ils aimeraient voir ou entendre comme des encouragements même en cas d’actions ou de match ratés, ou au contraire de ce qu’ils ne veulent plus entendre comme des sifflets vis-à-vis de quelques joueurs. Avant l’Euro 2016, Evra, alors capitaine, nous disait qu’on était trop gentils à l’égard des joueurs adverses. Il a demandé à ce que l’on siffle l’adversaire lorsqu’il a un corner ou une action dangereuse. Au départ, on était contre parce que notre objectif n’est pas du tout l’adversaire, mais il nous a expliqués que ça les transcendait plus sur le terrain de sentir cette union contre l’adversaire, donc maintenant on le fait. Mais cela va dans l’autre sens aussi. Nous leur demandons de venir nous saluer à la fin des matchs, surtout lorsque le déplacement est périlleux, et par ce biais on essaie d’améliorer la relation.

Nous sommes à une semaine du début du Mondial, comment les IF pressentent-ils ce Mondial pour les Bleus ?

La plupart des membres pense que l’on a une génération très prometteuse. On y croit tous, on a tous hâte que la compétition commence, on est optimiste.

Nous remercions Hervé Mougin pour sa disponibilité. Vous pouvez retrouver tous les informations concernant le groupe « Irrésistibles Français » en cliquant ici.

Yan Houdry

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