Interview : Felipe Saad, “Landreau est l’une des raisons qui m’a fait rejoindre le FC Lorient”

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Présent dans l’équipe type Benchr de la 26eme et 27eme journée de Domino’s Ligue 2, Felipe Saad a accepté de répondre à nos questions. L’expérimenté défenseur central du FC Lorient revient avec nous sur sa saison, sa carrière, et son rapport avec les supporters. 

Benchr : Vous faites partie de équipe type Benchr de la 26 et 27eme journée de Domino’s Ligue 2, comment jugez-vous votre première partie de saison et celle de votre club, le FC Lorient ?

Felipe Saad : “On a bien débuté les 8-10 premiers matchs, avec des matchs très satisfaisants. Ensuite jusqu’au mois de Janvier ça a été assez compliqué à cause d’une adaptation, peut-être, mieux réussie des autres équipes. On a pas réussi à répondre présent, à appliquer ce que demandait M. Landreau. Donc un début de saison assez contrasté.
Pour ma part, j’ai pu répondre présent sur les premiers matchs en n’étant pas titulaire mais avec des rentrées plutôt bonnes. J’ai eu un peu de mal avec quelques blessures mais heureusement j’ai réussi, depuis plusieurs semaines, à revenir dans le coup.”

B : Vous allez cette année avoir 35 ans, comment voit-on le football lorsque l’on se rapproche de la fin de sa carrière ? Quelles leçons retenez-vous de toutes vos expériences en Ligue 1 et en Ligue 2 ? Et quel est la suite, l’après carrière ?

F.S : Quand on approche de la fin de sa carrière, on recherche surtout le plaisir. On est moins préoccupé par le fait d’avoir un nouveau contrat, on essaye de vivre le moment présent et de belles expériences. Je n’imaginais pas, pour être franc, arriver jusqu’à 35 ans. Je me disais que vers mes 33 ans j’aurais déjà arrêté. Je prend ces dernières années comme un bonus. Je suis à la recherche du plaisir.
L’expérience que je retiens c’est qu’il y a une différence importante entre la Ligue 1 et la Ligue 2, ça se voit. Est-ce que c’est plus facile pour un défenseur comme moi de jouer en Ligue 1 plutôt qu’en Ligue 2 ? C’est un peu paradoxal de le dire, mais la trentaine de matchs que j’ai fait en Ligue 1, j’ai trouvé que c’était moins athlétique, presque moins dur mais on a moins le droit à l’erreur.
Pour mon après carrière j’ai un peu des “nuages de pensées”, je n’ai rien de très concret. J’essaye de profiter un maximum encore du club, de l’expérience que je vis à présent tout en essayant de me préparer à coté avec l’aide de l’UNFP entre autre.

B : Vous êtes aujourd’hui entraîné par M. Landreau, contre lequel vous auriez pu jouer en Ligue 1 (ce qui n’est jamais arrivé), et qui n’a que 4 ans de plus que vous. Comment se passe le travail avec un ancien joueur qui connait si bien le foot français mais qui reste un tout jeune entraîneur ? Les relations avec M. Landreau sont-elles différentes que celles que vous avez pu connaitre avant avec d’autres entraineurs ?

F.S : C’est très agréable de travailler avec M. Landreau car on est à peu près de la même génération. Parfois il y a des joueurs de 18 ans coachés par des entraîneurs de 60-65 ans et l’écart générationnel est trop important. Je pense que M. Landreau à cette  fraîcheur, très recherchée dans les clubs français. Au Brésil ce sont les même 30 entraîneurs qui circulent parmi les mêmes équipes. De voir un nouvel entraîneur, et surtout une personne très respectée dans le milieu du football, innovante et intelligente, c’est vraiment une chance de pouvoir participer à ce projet. D’ailleurs je ne cache pas que c’était l’une des raisons qui m’a fait rejoindre le FC Lorient, alors que j’avais d’autre propositions à l’époque. Aujourd’hui je suis plus qu’heureux de pouvoir partager le quotidien avec M. Landreau. Il essaye d’implanter de nouvelles choses, de nouvelles méthodes. Je suis vraiment très content de faire parti de ce projet.

B : Que M. Landreau soit le coach du FC Lorient est t-elle la raison qui vous a poussé à rejoindre le club  ?

F.S : Ça été l’une des raisons, si ce n’est la plus importante en effet. J’avais un choix cornélien à faire. Et ce qui a fait pencher la balance c’est qu’il était à la tête du projet.

B : Vous êtes brésilien, vous êtes arrivé à Guingamp en 2007, et vous vous êtes très vite adapté à la France et au football français. Quels conseils auriez-vous à donner aux jeunes joueurs brésiliens ou étrangers qui souhaitent réussir en France ?

 

F.S : Pour moi, il y a deux choses et c’est assez simple. Tout d’abord la langue. Ne surtout pas hésiter à apprendre très vite la langue française et faire les efforts pour la maîtriser. Sans parler français c’est impossible de réussir une bonne adaptation. Deuxièmement c’est vivre vraiment à la française. Essayer de plonger dans la culture française. On habite dans un pays qui à la meilleure cuisine du monde et qui a une culture fantastique. Il y a beaucoup de brésiliens qui ont joué avec moi, qui vivaient dans leur “monde brésilien” à la maison. Après c’est un choix. Moi c’est mon conseil pour bien s’adapter en France.

B : Vous êtes passé par l’EAG, mais aussi Evian, Ajaccio, Strasbourg, Caen et aujourd’hui Lorient. Quel club vous a particulièrement marqué et pour quelle(s) raison(s) ?

F.S : Je vais peut-être donner une réponse qui a l’air d’être hypocrite mais ce n’est vraiment pas le cas. Il n’y a pas qu’un seul club qui m’ait marqué. Ils m’ont tous marqué. Guingamp m’a ouvert les portes du football français. C’est le club pour lequel j’ai joué le plus de match en France et on a gagner une Coupe de France en 2009. Il m’a vraiment marqué. Evian c’était mon premier transfert payant et mon premier titre de Ligue 2. Ajaccio c’est le club pour lequel j’ai joué le plus de matchs en Ligue 1 avec deux maintiens miraculeux. Comment oublier Caen alors que j’étais au club lorsque mon fils est né, c’est inoubliable. Et puis à Caen j’ai joué avec un joueur qui m’a beaucoup marqué : N’golo Kanté. Pour la carrière et pour la vie c’était vraiment inoubliable. A Strasbourg j’ai joué deux années avec deux montées, en Ligue 2 et en Ligue1. Donc je mettrais peut être Strasbourg et Guingamp comme les deux clubs qui m’ont le plus marqué. Mais tous les autres ont leur importance dans ma carrière et j’en garde de très bon souvenirs. Avec Lorient on verra à la fin ce qu’il va rester comme souvenirs (rire).

B : Quel est l’impact des supporters sur votre jeu, votre façon de jouer ? 
Etant jeune, est-on moins préoccupé par ce qu’il se passe en dehors du terrain, par l’avis des supporters ou bien est-ce tout le contraire ?

F.S : Au brésil c’est un peu particulier. Il y a des stades très très chaud, avec une ambiance très marquante comme en Turquie par exemple. Après je pense que l’impact est moindre, car nous (les joueurs) sommes sur le terrains et on sait ce que l’on doit faire. J’essaye d’être le plus concentré possible et faire abstraction de ce qu’il se passe en dehors du terrain.  Je ne pense pas qu’il y est une grande différence entre la jeunesse et l’expérience en ce qui concerne la préoccupation sur ce qui se passe en dehors du terrain. Mais avec l’âge on se s’aperçoit de certaines choses. Je me souviens d’un match avec Strasbourg où on gagnait 3-0, donc on a commencé à faire tourner le ballon et derrière on a été sifflé. Est-ce que ça nous atteint ? Je ne sais pas, mais quelque joueurs s’en sont aperçu et on a trouvé ça assez étrange. On s’aperçoit de certaines choses mais ça n’influence pas plus que ça nos prestations.

B : Quelles relations entretenez-vous avec les supporters du FC Lorient ?

F.S : Ils ont été très réceptif car j’avais déjà joué en Bretagne à Guingamp, donc c’est presque comme un retour à la maison. C’était vraiment sympathique, je sentais les gens qui ne m’avaient presque pas oublié, du moins mon passage à Guingamp. Ce sont des supporters qui aiment leur club et sont tendres. Ils ne sont pas dans l’agressivité et la demande constante. Il y a quelque chose de très sain dans les rapports que j’ai avec les supporters ici à Lorient.

B : Quels sont les supporters qui vous ont le plus marqué et pour quelles raisons ?

F.S : Ceux qui sont le plus présent et qui ont le plus la fièvre du stade (rire), ce sont les supporters du Racing Club de Strasbourg. Il y a toute une histoire et toute une relation avec la ville. On m’a tout de suite averti quand je suis arrivé en Alsace qu’il y avait deux institutions: La cathédrale de Strasbourg et le RCS. Aujourd’hui j’ai quitté le club et je continue de recevoir des messages de soutient de supporters sur les réseaux sociaux. Je pense que j’ai laissé une belle image là-bas. J’ai eu une relation particulière avec ce club et les supporters. Ça ne serait pas étonnant de revenir à Strasbourg un jour quand j’arrêterais le foot. C’est une idée que j’ai en tête.

B : Les médias ont souvent tendance à critiquer l’ambiance dans les stades français. Êtes-vous d’accord sur ces critiques ?

F.S : Les critiques sont des choses qui peuvent être changées. Quand une équipe est critiquée, c’est que l’on voit qu’elle a du potentiel pour faire mieux. Quand tu va jouer à Strasbourg, Saint-Etienne, Lens ou Marseille, il y a toujours une très belle ambiance et ça ne va jamais changer je pense. Quand tu va à Lens, ils sont 14eme ou 15eme de Ligue 2 et ils sont quand même 36 000 tout les weekends avec une ambiance de feu. Donc les critiques, il faut les relativiser. En France on ne peut pas changer la culture et demander  d’avoir une grosse ambiance dans des clubs qui ont des supporters beaucoup plus tranquilles. C’est en lien avec l’histoire des clubs et la culture du pays, la culture foot du pays.

B : En tant que joueur, quel est le stade où l’ambiance vous a le plus impressionné ?

F.S : Le stade de Lens. Pourtant j’ai joué dans des stades beaucoup plus grand et plus rempli notamment au Maracana pour jouer une finale de championnat. Mais j’ai toujours aimé jouer à Bollaert. C’est une ambiance très chaude mais très saine. Les supporters sont derrière leur club d’une façon complètement positive et c’est uniquement pour aider et pas pour nuire aux joueurs adverses. J’aimais beaucoup jouer contre ce club et comme par hasard mon fils est né le jour où j’ai joué à Bollaert avec Caen (rire). Ça reste une coïncidence très sympa.

B : Dans quel stade de foot rêvez-vous de jouer et pourquoi ?

F.S : (Sans hésitation) Santiago Bernabeu. Le Real c’était un club qui me faisait rêver depuis tout petit. Si j’étais vraiment un TOP JOUEUR, j’aurai rêvé jouer là-bas, dans ce stade. C’est notamment dû à Roberto Carlos.

B : Quel est votre plus beau souvenir de supporter ?  et le plus triste souvenir ?

F.S : Le plus beau souvenir c’était en 1992 ou 1993. J’avais 9-10 ans, je supportais Sao Paulo, et ils ont gagné la finale du Mondial des Clubs. C’était Rai le capitaine de cette équipe. Lors d’une des deux finales je ne sais plus laquelle, Sao Paolo perdait 1-0 et Rai marque un coup franc magnifique en pleine lucarne. Le plus triste c’était en 98 quand la France a battu le Brésil. J’étais en voyage avec ma famille aux Etats-unis, on regardait le match à l’hôtel. A la mi-temps il y avait 2-0 et on est allé se promener on a même pas regardé la 2ème mi temps. (rire)

B : Pour finir avez-vous une anecdote à nous partager (sur l’ambiance, un comportement de supporters, adversaire fan de vous…) qui vous a marqué en tant que joueur ?

F.S : Il y a eu ce match avec Caen que j’avais joué au Parc des Princes, lorsque Ibrahimovic était en pleine négociation pour sa marque de chaussure, il jouait avec des chaussures toutes noires. Et à un arrêt de jeu, je lui demande en anglais si il avait choisi la marque avec laquelle il avait signé. Je pensais qu’il allait me prendre pour un fou, ou m’insulter. J’étais surpris  car on a commencé à parler et il était très ouvert. Il se donne une image qui n’est pas celle qu’il est vraiment. On le sait quand on le connait un petit peu. C’est vraiment un choix d’avoir construit cette image auprès des médias. Je pense qu’au quotidien c’est quelqu’un de très intelligent et sympathique. Je me rappellerais de ce jour la où j’ai pu parler quelques minutes avec Zlatan Ibrahimovic.

 

Un grand merci à Felipe Saad pour avoir répondu à nos questions et au FC Lorient de nous avoir permis de faire cette interview.
Retrouver toute l’actualité de Felipe Saad sur Twitter @fsaad04 
Retrouver toute l’actualité du FC Lorient sur Twitter @FCLorient

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