Mélisande Gomez, “tigresse” au milieu des coqs

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Mélisande Gomez (35 ans) est journaliste de football à L’Équipe depuis près de 15 ans. A 21 ans, elle rédige ses premiers papiers pour le journal puis rejoint en 2015 L’Équipe du soir, l’émission phare de la chaîne du groupe. Aujourd’hui, elle fait partie du cercle restreint des femmes qui parlent de football à la télévision. Rencontre avec “la tigresse” de L’Équipe du soir.

Fervente supportrice des Ciel et Marine

C’est au stade Jules-Deschaseaux, l’antre du Havre Athletic Club (HAC) de 1971 à 2012, que Mélisande Gomez se prend de passion pour le football. Originaire de la ville normande, elle supporte les Ciel et Marine à une époque où ils côtoient la D1 avec des joueurs comme Ibrahim Ba et Vikash Dhorasoo. Son premier souvenir ? « Je devais avoir 5 ans, mes grands-parents nous avaient emmenés avec mon frère voir le HAC contre le PSG. Bon, le PSG avait gagné… Mais pas tant que ça, 1-0 peut-être. Quand on recevait de telles équipes, on regardait la date et on était content d’y aller 15 jours avant le match ! ». Un attachement au HAC qui est pour beaucoup dans son choix de carrière. « Si Le Havre n’avait pas eu un club en D1, est-ce que j’aurais été journaliste de foot ? C’est une vraie chance de pouvoir aller au stade : tu perds ou tu gagnes à la dernière minute, tu fais 1-0 contre une grosse équipe après un match pourri mais tu es content ! »

L’Équipe depuis toute petite

Férue de foot, de lecture et d’écriture, M. Gomez a toujours voulu travailler à LÉquipe. « Je me disais que ça devait être super d’écrire sur des matchs de foot. Les lendemains de match, je lisais le compte rendu dans le journal, c‘était important ! » Pour atteindre son objectif, elle s’oriente vers une filière littéraire : un bac L obtenu avec un an d’avance puis une préparation hypokhâgne et khâgne avant d’intégrer l’IPJ, une école de journalisme parisienne. Là-bas, elle fait figure d’exception en choisissant l’option sport. « On était 8-9 et j’étais la seule fille, mais ce n’était pas grave, j’étais aussi l’une des seules qui allait au stade ». A 21 ans, elle remporte la Page d’Or, un concours réservé aux élèves des écoles de journalisme qui lui permet d’obtenir un CDD de 3 mois au quotidien sportif le plus lu de France.

Copinage proscrit avec les joueurs

La jeune femme arrive « sur la pointe des pieds dans ce milieu très masculin ». Discrète certes, mais loin d’être hagarde. « Tu ne tombes pas des nues en te rendant compte que tu dois travailler qu’avec des hommes. C’est un choix que tu fais et si c’est trop difficile, tu fais autre chose ou tu n’insistes pas ». Très vite dans le bain, elle interroge des footballeurs de son âge voire plus âgés, et met d’emblée une certaine distance. « Quand un joueur me dit “tu viens on va boire un verre après le match”, je réponds évidemment non. Je ne peux pas avoir la même relation que mes collègues masculins qui vont boire un verre ou sortir en boîte avec les joueurs de temps en temps. » Un système de copinage, bien moins prégnant que par le passé, dont seraient exclues les femmes, alors que ces messieurs peuvent devenir potes avec ceux dont ils jugent les performances. Ainsi, Pierre Ménès n’a jamais caché ses amitiés avec Thierry Henry ou Bafétimbi Gomis.

Le football à la télé : un milieu sexiste ?

Une disparité à laquelle s’ajoute le déficit de crédibilité dont souffrent les femmes journalistes. Dans son livre de mémoires Tout à fait Thierry, Thierry Roland avait déclaré ne pas vouloir de femmes dans le football, citant notamment Marianne Mako, car « elles n’avaient pas de poil aux pattes ».

Marianne Mako, pionnière au milieu du désert

Pas épargnée par les critiques et les remarques sexistes, l’ancienne journaliste de Téléfoot, à force de persévérance, a montré qu’une femme était légitime pour parler de foot à la télévision. « Sa présence m’a permis de me dire que je pouvais faire de même », abonde M. Gomez. « Elle n’était pas potiche, elle était là parce qu’elle aimait le foot. Peut-être que si ça avait été uniquement des hommes, je me serais dit “bon, c’est pour les garçons donc je vais faire autre chose”. » Si la télévision d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 1980-1990, comme en témoigne l’augmentation du nombre de femmes en plateau ou aux abords des terrains, celles-ci sont encore trop souvent ramenées à leur sexe. « Parce que tu es une femme, par définition tu n’y connais rien. Alors que si un homme dit des énormités, on ne va pas dire “ah ben lui c’est un homme”, on va plutôt dire qu’il est bidon ou qu’il ne connaît pas son sujet. C’est pesant. »

Sois belle, ou joue bien au foot !

Plus présentes à l’écran, les femmes le sont-elles grâce à leur connaissance footballistique ou comme objet de décoration ? Derrière la question un brin provocatrice se dresse un véritable enjeu de société. « Quand tu regardes la télé, il y a souvent des femmes qui sont là parce qu’elles sont jolies. Si tu leur demandes “tu ne crois pas que Guardiola n’aurait pas dû faire ce changement ?”, elles ne savent pas quoi répondre », regrette Mélisande Gomez. Des propos qui résonnent comme un cri d’alarme. Alors comment distinguer celle qui maîtrise son sujet de la potiche ?

La Normande prend l’exemple des anciennes joueuses devenues consultantes. « Quand tu vois Laure Boulleau sur un plateau, tu te dis qu’elle connaît le jeu, elle a joué à très haut niveau et on s’en fout qu’elle soit jolie ou pas. Mais c’est encore une forme d’injustice car ça sous-entend qu’il faut avoir le niveau footballistique de Laure Boulleau pour être crédible sur un plateau, alors que les mecs autour sont bidons ballon au pied. » Quid des journalistes ? Celle de LÉquipe cite Anne-Laure Bonnet, son homologue de BeIn Sports. « Anne-Laure parle toutes les langues, s’y connaît et ça se voit quand elle pose ses questions. Ce sont des compétences qui montrent qu’il y a quand même des progrès par rapport à l’époque de Marianne Mako. »

Des progrès qui passent également par un intérêt féminin grandissant pour le football : « la Fédération encourage les clubs à ouvrir des sections féminines pour que les filles aient accès au football. Si ces filles-là jouent, elles vont aimer le foot, regarder les matchs et lire des articles. Il faut qu’on arrive à avoir une place, une crédibilité et une reconnaissance égales aux hommes. »

L’Équipe du soir, une parité exceptionnelle

Si Mélisande Gomez satisfait son appétence pour la presse écrite au sein du journal depuis près de 15 ans, elle intervient également dans L’Équipe du soir, l’émission football phare de la chaîne du groupe. Mais pourquoi celle qui a toujours voulu écrire s’est-elle retrouvée derrière le petit écran ? « La chaîne m’a proposé et j’ai accepté. Je ne suis pas naïve, le fait que je sois une femme a joué en ma faveur, je pense qu’ils voulaient sortir de ce cadre “entre mecs”.» Par ailleurs, selon notre experte, cette mixité permet également aux téléspectatrices de « s’identifier à ce qu’il y a sur le plateau. Il faut que les télés comprennent que c’est une partie de leur public, des femmes vont au stade, le foot féminin se développe… C’est un mouvement plus large et non des cas isolés. »

Au sein de L’Équipe du soir, les chroniqueuses jouissent de la même légitimité que leurs homologues masculins. Une parité jugée « exceptionnelle » par M. Gomez. « A l’Équipe du soir, les femmes participent au débat comme tout le monde. On n’est pas là pour donner les résultats, poser des questions aux invités ou décorer le plateau. C’est hyper agréable parce que pour les chroniqueurs, comme pour “Mémé” (Olivier Ménard) qui présente, il n’y a aucune différence. Pour nous en tant que femmes, c’est un des points forts de l’émission. »

Mélisande Gomez : un avenir dans le foot en pointillé ?

Malheureusement, LÉquipe du soir est une exception dans un milieu télévisuel footballistique assez machiste. De quoi écoeurer la journaliste de 35 ans ? « C’est parfois un peu décourageant d’être une femme dans ce milieu, on se fatigue, on a envie de retrouver un milieu plus mixte. Je me dis que ça me changerait mais en même temps j’adore le foot. Si je sors du foot, je sors du sport. »

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Matthieu Deveze

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